Dark Light

Le 1er novembre, Twitter s’enflammait autour de la possibilité pour Elon Musk, patron des entreprises Tesla et SpaceX (et accessoirement milliardaire le plus riche de la planète) de régler le problème de la faim dans le monde grâce à une donation de 6 milliards de dollars, soit seulement 2% de sa fortune… Trop beau pour être vrai ? Oui. (Sorry). Mais cette passe d’armes médiatique soulève tout de même son lot de questions.

Elon Musk à l’origine d’un énième buzz Twitter

Né d’une série de tweets provocateurs de Musk et de David Beasley, le directeur du Programme alimentaire mondial de l’ONU, et d’un article de CNN au titre racoleur « 2% de la fortune d’Elon Musk peuvent éradiquer la faim dans le monde » (titre corrigé depuis, et mis au conditionnel), ce débat n’en pose pas moins la question légitime de l’impact réel des donations dans la lutte contre l’insécurité alimentaire.

Un drama Twitter en trois actes

1 – Eli David, entrepreneur et chercheur en cybersécurité, tweete à propos de l’article de CNN et s’interroge : étant donné que 2% de la fortune de Musk représentent 6 milliards de dollars, et que le budget du Programme alimentaire des Nations Unies était de 8,4 milliards de dollars en 2020, pourquoi le problème de la faim dans le monde n’a-t-il pas déjà été résolu ?

2 – Elon Musk fait son apparition et en rajoute une couche en affirmant, avec une touche de provocation, que si le Programme alimentaire des Nations Unies peut décrire comment résoudre le problème de la faim dans le monde avec 6 milliards de dollars sur le fil Twitter en question, il vendra immédiatement ses actions Tesla pour financer une telle action.

3 – Le directeur du programme lui-même, David Beasley, entre à son tour en scène et maintient que 6 milliards de dollars permettraient bien de prévenir l’instabilité géopolitique, la migration de masse et de sauver 42 millions de personnes au bord de la famine… Musk exige alors la publication du plan détaillé des dépenses de l’ONU pour parvenir à un tel résultat et l’échange s’arrête là.

Un sujet complexe et un vrai débat

Bien entendu, personne n’est dupe : Elon Musk ne risque pas grand-chose. Si la preuve est faite que 6 milliards de dollars peuvent effectivement résoudre le problème, il aura alors l’opportunité de devenir officiellement « l’homme ayant éradiqué la faim dans le monde » et de renforcer au passage son image publique…

Toutefois, le fait qu’il mette en doute la possibilité pour un don (même très généreux) d’apporter une vraie solution au problème de la faim a du sens : l’argent seul ne peut résoudre cette problématique.

Dès 2015, Le Monde parlait d’un investissement annuel de 267 milliards de dollars pour en finir avec la faim dans le monde à l’horizon 2030, et ce budget colossal ne devait pas être composé de simples dons… Et pour cause, pour parvenir à améliorer réellement la situation des personnes victimes d’insécurité alimentaire, les problématiques à traiter sont nombreuses et complexes.

Mettre fin aux conflits armés, augmenter les dépenses publiques dans les pays concernés, améliorer la formation des paysans, lutter contre le réchauffement climatique… Autant de problématiques économiques, géopolitiques et sociales ayant toutes un lien avec le problème de la faim dans le monde.

Contrairement aux sciences dures utilisées par Elon Musk pour construire ses voitures électriques et lancer ses fusées dans l’espace, l’économie et la géopolitique restent des sciences sociales, grandement complexifiées par la présence du facteur humain. Par conséquent, bien qu’un chèque signé par un riche milliardaire puisse contribuer à la résolution du problème, la formule « magique » pour éradiquer la faim dans le monde n’existe vraisemblablement pas. Comme pour tous les grands défis humanitaires, pour être efficace, l’aide financière doit être associée à un engagement plus « terre à terre » des bénévoles, des ONG et des gouvernements.

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