Dark Light

Pourquoi personne ne pense “femme” quand on dit “trader”?

Avouons-le : si l’on pense « trader », c’est aussitôt l’image d’un mec dans un costard, s’agitant devant des écrans dans une salle de marchés (du style Dicaprio dans Le loup de Wall Street) qui nous vient en tête. On n’imagine très rarement une femme… Idem si l’on pense à tous ces gens qui investissent dans les cryptos, ou encore aux DAF (aka directeur administratif et financier), c’est plutôt des mecs qui nous viennent en tête. 

C’est nous, ou il y a un paquet d’idées reçues et de stéréotypes débiles (mais assez persistants) dès que l’on parle des femmes et de la finance ?! Comme celui d’associer beaucoup plus facilement des hommes que des femmes à ce secteur clé, par exemple.

Alors pourquoi a-t-on tant de mal à associer femmes et finance ? Comment ça se fait ? Que fait-on pour que ça change ? Et qu’enfin, les femmes prennent dans la finance la moitié de la place qu’elles occupent dans la réalité ?

L’égalité est encore loin dans la finance

Si aujourd’hui, femmes et finance ne vont pas de pair dans l’imaginaire collectif, c’est que les femmes ont été longtemps tenues à l’écart des questions d’argent de manière générale. Rappelons deux dates assez effarantes : pour les femmes, pas de compte bancaire indépendant avant 1965, et pas de spéculation en bourse avant 1967 ! Des acquis majeurs qui sont pourtant encore très récents à l’échelle de l’Histoire, ce qui explique que nos représentations aient du mal à changer… 

Dans le secteur de la finance, les inégalités sont encore bien présentes. Alors que chez les cadres, les hommes ont gagné 8% de plus que les femmes à profils et à postes équivalents en 2020, les femmes ne représentent qu’une infime partie des postes de direction dans le secteur. 

Le pire, c’est qu’elles sont majoritaires au sein des postes les plus bas, aussi bien dans la banque que dans l’assurance ! Mais, dès que l’on monte dans la hiérarchie, les femmes sont de plus en plus rares : elles ne sont plus que 20% au sein des comités exécutifs en France. Plus globalement, elles ne représentent que 25% des effectifs du secteur dans le monde, où seule 1 banque sur 50 est dirigée par une femme.

Cette surreprésentation masculine dans les hautes sphères de la finance engendre un phénomène (désormais bien connu) de « boys clubs » : les hommes restent entre eux, se serrent les coudes, soutiennent uniquement leur vision des choses, et donc excluent les femmes. À ce jeu-là, les grandes banques américaines sont les championnes toutes catégories : elles détiennent le triste record des plus grosses amendes pour discrimination au travail et harcèlement…

Pour expliquer ce phénomène, l’orientation au moment des études supérieures est aussi à prendre en compte : une analyse récente a révélé que beaucoup d’étudiantes délaissent la finance, car elles ne se voient pas dans un milieu si masculin, et ont même intériorisé le fait que leurs candidatures ne seraient pas retenues ! Un cercle vicieux auquel il faut mettre fin.

Faire bouger les choses

Heureusement, des actions sont mises en place dans le bon sens depuis quelques années, et d’autres peuvent (et doivent !) être menées. 

L’éducation est évidemment un levier fondamental afin de combattre les représentations genrées, les stéréotypes et de permettre aux jeunes filles de s’imaginer dans des carrières prestigieuses au sein du secteur financier. À l’échelle individuelle également, les femmes ont tout à gagner à prendre davantage le lead au niveau de leurs finances personnelles et familiales, surtout quand on sait que 58% des femmes délèguent encore les décisions financières à leur conjoint !

La mise en avant de véritables rôles modèles est aussi essentielle pour promouvoir le secteur financier auprès des femmes : Stacey Cunningham, première femme présidente de Wall Street en 2018, Janet Yellen, présidente de la Fed en 2013, ou bien sûr, Christine Lagarde, ancienne directrice du FMI et actuelle présidente de la Banque centrale européenne… De plus en plus de femmes accèdent à de très hauts postes dans la finance et démontrent l’étendue de leurs compétences.

Bien sûr, la lutte contre les inégalités passe également directement par la légifération. En France, la loi sur l’égalité économique et professionnelle fixe certains quotas dans toutes les entreprises de plus de 1 000 salariés, afin d’atteindre 30% de femmes au sein des plus hauts postes d’ici 2027, et 40% d’ici 2030.

You go, girl !

Les femmes ont toutes les compétences nécessaires pour réussir dans la finance et l’investissement, ce n’est pas un sujet. L’enjeu, c’est la légitimité. De plus en plus d’initiatives se mettent en place afin de pousser les femmes à promouvoir leur compétences et le bien fondé de leur présence en finance. 

Sans parler forcément d’une voie professionnelle, commencer à s’éduquer sur la finance personnelle et à investir est à la portée de tous et toutes. On trouve désormais des plateformes et outils spécialisés de grande qualité, créés par et pour les femmes, pour s’éduquer sur la finance, débuter dans l’investissement et accéder à des groupes d’aide et d’échange. 

Citons la plateforme Capitana fondée par Gaëlle Haag, la newsletter Plan Cash lancée par Léa Lejeune, la plateforme Golden Girls ou encore le média Vestpod et son podcast The Wallet. Il existe même des associations entièrement consacrées à la promotion de la finance auprès des femmes, comme Girls Who Invest. Les ressources ne manquent pas !

Tant mieux, car une étude récente a d’ailleurs montré que globalement, les femmes investissent de manière plus prudente que les hommes sur les marchés. Elles obtiennent ainsi de meilleurs résultats que ces derniers (bien qu’ils soient largement plus nombreux et plus encouragés !). Détentrices de 40% de la richesse mondiale à ce jour, les femmes n’en placent pourtant que 5% (beaucoup moins que les hommes). Un chiffre qui a vocation à changer, on l’espère !

Ok, les choses commencent à bouger dans le monde de la finance en ce qui concerne les inégalités femmes-hommes. Mais ne nous endormons pas pour autant : les stéréotypes ont la peau dure et l’égalité est encore loin… Homme, femmes, LGBTQIA+ … continuons à combattre les clichés et les mécanismes bloquants pour que chacun obtienne la place qui lui est due dans ce secteur clé, tout comme dans celui de l’entrepreneuriat !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Sur le même sujet :