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Aujourd’hui, avec un cours à plus de 60 000$, le bitcoin consomme près de 200 TWh par an selon les chiffres annualisés au 22 novembre 2021, soit plus de la moitié de l’énergie nucléaire produite par les 54 réacteurs nucléaires français chaque année…

Depuis le mois d’octobre, plusieurs villes et villages du Kazakhstan subissent des pannes d’électricité régulières. En cause, non pas un effondrement économique comme c’est le cas au Liban, mais plutôt une forte activité de… Minage de cryptomonnaies ! Bannis de Chine par le gouvernement de Pékin (qui souhaite que ses citoyens utilisent la monnaie numérique chinoise, le e-yuan), les mineurs de cryptos se sont en effet réfugiés au Kazakhstan pour poursuivre leur activité. À tel point qu’ils font désormais exploser la consommation énergétique du pays.

En quoi consiste exactement le minage des cryptomonnaies ? Quelle est la consommation énergétique des cryptos ? Change-t-elle d’une monnaie virtuelle à l’autre ? Que vaut-elle par rapport à celle de nos monnaies classiques (euros, dollars) ? Le bitcoin est-il compatible avec un monde durable ? On fait le point dans cet article.

Le processus (très) énergivore du minage des cryptos

Le bitcoin est fondé sur la technologie de la blockchain, une sorte de gigantesque registre numérique permettant aux utilisateurs d’effectuer des transactions sans intermédiaire. Ces échanges permanents sont validés et sécurisés par le processus de minage, qui consiste à résoudre des équations cryptographiques complexes grâce à des ordinateurs surpuissants. Les mineurs qui effectuent ce travail (proof-of-work) sont eux-mêmes rémunérés en bitcoins.

Si quelques mois après le lancement du bitcoin, il était encore possible pour un particulier de miner le crypto-actif via son ordinateur personnel, les calculs nécessaires ont été rendus de plus en plus complexes par la concurrence entre les mineurs, toujours plus nombreux à mesure que le bitcoin voyait son cours décoller. Aujourd’hui, les mineurs de bitcoins gèrent entre 500 millions et 14 milliards de dollars de transactions quotidiennes !

Pour y parvenir, ils s’organisent en mining pools, des fermes de minage qui regroupent les appareils les plus puissants disponibles à l’heure actuelle. Évidemment, ces derniers sont particulièrement gourmands en électricité : un seul de ces Asics (machines dédiées au minage) consomme presque 30 000 kWh par an pour fonctionner sans interruption, quand un congélateur en consomme en moyenne 350… Les plus grosses fermes de minage affichent ainsi des consommations de l’ordre du gigawatt (soit 1 million de kWh) chaque année, tout ceci afin de tirer profit au maximum de l’augmentation du cours du bitcoin.

Qu’en est-il, alors, de la consommation du bitcoin à l’échelle mondiale ? Celle-ci est parfaitement corrélée au cours de la célèbre cryptomonnaie, qui ne cesse d’augmenter depuis sa création.

Valorisé à 15 000$ en 2017, le bitcoin consommait déjà 30 TWh d’électricité chaque année. Lorsque l’on sait qu’1 TWh équivaut à 1 milliard de kWh, cette consommation était déjà équivalente à celle du Maroc ou du Liban !

Cependant, tous les crypto-actifs ne sont pas égaux face à la consommation énergétique. Si le bitcoin reste le token le plus gourmand en énergie et le plus polluant, d’autres affichent des consommations moins importantes. C’est par exemple le cas d’Ethereum, qui utilise déjà un processus de minage plus efficace que celui du bitcoin, et qui doit prochainement passer à un protocole différent, le proof-of-stake (preuve d’enjeu), beaucoup moins énergivore. Certains projets concernent directement la problématique énergétique, comme le crypto-actif Solar Coin, créé dans le but de valoriser la production d’énergie solaire.

Ethereum, dont le processus de minage, déjà plus efficace que celui du bitcoin, doit migrer vers un protocole proof-of-stake moins énergivore, ou encore Solar Coin, une crypto créée pour valoriser la production d’énergie solaire, sont de bons exemples.

Le bitcoin plus polluant que l’euro ?

Lorsque l’on sait qu’il existe des milliers de cryptomonnaies différentes en circulation, dont la majorité recourt au même protocole de minage que le bitcoin (c’est notamment le cas d’Ethereum et de Monero), il est évident que les cryptos sont très énergivores et que c’est un problème.

C’est d’ailleurs principalement leur aspect polluant qui leur vaut leur mauvaise réputation : en consommant énormément d’électricité, dont la production est largement issue des combustibles fossiles (pétrole, gaz et charbon), les cryptos contribuent directement au réchauffement climatique, en plus de détourner l’usage de l’énergie domestique pour une activité dont l’utilité reste contestable. Mais qu’en est-il de nos monnaies classiques ?

Qu’il s’agisse des billets ou des pièces, nos monnaies physiques nécessitent des dépenses énergétiques et ont bel et bien un impact négatif sur l’environnement à tous les stades de leur vie (sauf lors des transactions qui, contrairement aux échanges en ligne, ne consomment rien). Dès leur fabrication, il est nécessaire d’extraire des matières premières (des métaux pour les pièces, du coton, du lin et du pétrole nécessaire à l’encre pour les billets), un processus qui consomme de l’énergie et rejette des polluants dans la nature.

On y pense peu, mais le traitement des billets et leur stockage est également très énergivore, puisqu’il faut faire fonctionner des machines, de l’éclairage et de la climatisation. L’argent physique doit ensuite être convoyé (consommation importante de carburant) puis distribué. Si les pièces de monnaie ont une durée de vie importante (25 à 40 ans) et sont quasiment entièrement recyclées (ce qui consomme toutefois encore de l’énergie), les billets durent beaucoup moins longtemps (9 à 24 mois seulement) et sont en grande majorité enfouis au lieu d’être recyclés.

Oui, le bitcoin est bel et bien énergivore dans son fonctionnement actuel, en particulier à cause du protocole proof-of-work qui oblige les mineurs à mobiliser de plus en plus de ressources informatiques pour effectuer leur travail. Mais il reste difficile de comparer son coût énergétique à celui des monnaies classiques faute de données suffisantes. Du côté des cryptomonnaies, des solutions sont d’ores et déjà testées, notamment avec le protocole proof-of-stake qui n’implique aucune escalade informatique, mais dont la sécurisation est critiquée…

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