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Aussi fou que cela puisse paraître, l’argent liquide reste encore aujourd’hui majoritaire en ce qui concerne les achats dans les commerces physiques en Europe et dans le monde. La Banque centrale européenne révèle ainsi qu’en 2020, 73% des transactions dans le monde « réel » ont été effectuées grâce à de l’argent physique (ou numéraire). 

Qui sont ces gens qui ont encore des pièces et des billets au fond des poches ? Même en France, si l’utilisation du cash décline de plus en plus, elle représente toujours 59% des transactions physiques. Et en Europe, seuls les Pays-Bas et le Luxembourg boudent encore plus le cash que nous… 

Nous nous sommes récemment posé la question de la consommation énergétique des cryptos. Mais qu’en est-il de ce bon vieux cash ?
Les pièces et les billets – encore là pour quelques années – sont des biens matériels comme les autres, qui doivent être produits, transportés, recyclés, détruits… Le cash a donc forcément un coût financier et énergétique auquel on pense peu. Alors, combien ça coûte, l’argent ? Quelle est la consommation énergétique de nos pièces et de billets ? Quel est leur impact sur l’environnement ? 

Le prix du cash

Mais qui fabrique les pièces et les billets que nous utilisons dans la vie de tous les jours ? Les euros mis en circulation en France depuis 2002 sont produits par deux institutions publiques : la Monnaie de Paris et la Banque de France. 

La première s’occupe de la fabrication des pièces, qui ne relève pas directement de la compétence de la Banque centrale européenne (celle-ci se contente d’approuver le volume de pièces que chaque pays membre peut émettre). La Monnaie de Paris a le monopole de la production des pièces dans l’Hexagone. Grâce à son usine située à Pessac près de Bordeaux, elle fabrique près d’1,2 milliard de pièces chaque année, qu’elle revend à l’État français à prix coûtant. 

Concrètement, l’institution vend les plus petites pièces (celles de 1 ou 2 centimes) à 3 centimes (l’État est alors perdant dans la transaction), tandis qu’elle vend les plus grosses pièces (comme celle d’un euro) à 15 centimes (l’État est alors largement gagnant). Elle produit également des pièces de collection, tant pour satisfaire les amateurs que pour gonfler ses résultats financiers. Ces derniers sont d’ailleurs largement positifs, avec un chiffre d’affaires de 134 millions d’euros en 2019, qui revient en partie à l’État.

La Banque de France, elle, gère la production des billets sous la supervision de la BCE. Elle est d’ailleurs la première productrice de billets à l’échelle européenne. Via une papeterie située à Vic-le-Comte et une imprimerie fiduciaire implantée à Chamalières (en Auvergne), l’institution produit pour près de 168 milliards d’euros de billets par an, uniquement des coupures de 10, 20 et 50€ (les plus utilisées en France).

Mais la Banque de France est loin d’être aussi transparente que la Monnaie de Paris concernant ses coûts de fabrication et ses bénéfices. Elle se contente de préciser qu’elle est rentable…

Si le prix réel de fabrication des pièces et des billets est stable au cours du temps et permet aux institutions qui en assurent la production d’être bénéficiaires, la valeur du cash, elle, peut fortement varier au fil des années. 

En 2020, la valeur des billets au Venezuela était devenue inférieure à celle du papier qui permettait de les imprimer ! L’hyperinflation (la hausse exponentielle et généralisée des prix) de plus de 9 500% à l’époque expliquait ce phénomène. À l’inverse, certaines pièces de 2€ particulièrement recherchées par les collectionneurs valent aujourd’hui plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’euros

Les pièces et les billets… ça pollue ?

S’il a bel et bien un coût financier, le cash a également un coût énergétique et donc environnemental. On y pense rarement, mais qui dit monnaie physique, dit forcément fabrication, stockage, transport, recyclage et destruction. Or toutes ces activités nécessitent à la fois de l’énergie et des matières premières.

Selon une étude réalisée par Ernst & Young et Bio Intelligence Service, un paiement en cash est plus polluant qu’un paiement effectué par chèque ou par carte bancaire : environ 22 gr de CO2 rejetés dans l’atmosphère pour une transaction physique de 40€, réalisée à la fois en pièces et en billets (les pièces s’avérant plus polluantes que les billets). 

En France, les paiements par cash rejettent ainsi près de 833 000 tonnes de CO2 dans l’air chaque année, ce qui en fait de loin le moyen de paiement le plus coûteux du point de vue environnemental. 

En cause, non seulement l’électricité nécessaire au fonctionnement des machines servant à fabriquer la monnaie physique, mais aussi et surtout les transports indispensables à la livraison, au ramassage et à la circulation du cash. Transports qui consomment évidemment d’importantes quantités de carburant.

Qu’en est-il de la consommation des monnaies physiques face à celle des cryptomonnaies, comme le bitcoin, qui traînent derrière elle une mauvaise réputation en la matière ? Si les données évaluant spécifiquement l’impact environnemental du cash par rapport à celui des monnaies virtuelles sont peu disponibles, des études ont déjà comparé la consommation du secteur bancaire ou encore des mineurs d’or à celle des cryptos. Et contrairement à l’idée reçue, le secteur bancaire et les mines d’or dépensent bien plus d’énergie et polluent largement plus que le bitcoin à l’échelle globale. 

Mais ce constat est bien sûr à remettre en perspective : nos monnaies classiques sont en circulation dans des volumes bien plus importants, et depuis beaucoup plus longtemps que les cryptomonnaies. Le résultat de ces comparatifs est donc logique, d’autant plus que l’impact environnemental d’une consommation électrique dépend avant tout de l’origine de l’électricité, qui peut être renouvelable.

Alors oui, le cash a un coût financier certain, ainsi qu’un prix énergétique non négligeable, auxquels on ne pense pas forcément. Mais l’utilisation de l’argent liquide est en déclin depuis quelques années, les pièces et les billets laissant progressivement leur place au paiement par carte, sans contact ou via mobile… Si bien que certains anticipent déjà un monde sans cash : la Corée du Sud et l’Inde ont notamment mis en place des mesures pour faire disparaître progressivement l’argent liquide, afin de diminuer les coûts de production, l’impact carbone ou encore la fraude.

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